Le Millénaire


Or, au début du XXe siècle, les Missionnaires de Notre-Dame de Provence, qui occupaient et animaient les lieux, se souvenaient fort bien de cette tradition. Ils souhaitèrent donc fêter avec le plus d'éclat possible le millénaire de l'arrivée des reliques de saint Mari à Forcalquier. Et puisque c'étaient des cloches qui en avaient annoncé l'arrivée, ils voulurent que le plus grand nombre de cloches possible célèbre ce millième anniversaire (et accessoirement le cinquantenaire de l'édification de Notre-Dame de Provence). Jugeant sans doute que toutes les cloches de la ville n'y suffiraient pas, ils firent construire un carillon sur le plateau où s'élevait jadis le château qui avait accueilli les reliques. Et en 1925, ses 20 cloches purent carillonner allègrement : on n'a pas tous les jours mille ans !



Le carillon de 1925

Comme on peut le voir sur ces cartes postales, le carillon primitif était conçu de façon beaucoup plus cohérente que l'actuel. Cloches et mécanismes sont parfaitement à l'abri, et des abat-sons (bien visibles sur les parties latérales que montrent la photo du haut) compensaient les dimensions relativement modestes des ouvertures.




Mais tous les mille ans, on n'a pas non plus forcément 20 cloches… Ce chiffre de 20, qui figure sur les cartes postales du temps et nombre d'autres documents, paraît en effet suspect, et semble donné plutôt histoire de faire un compte rond. Voici en effet ce que nous apprend, entre autres, la description de l'inauguration du monument donnée par la Semaine religieuse de Digne du 10 septembre 1925 :

« Avant la Messe, Monseigneur a béni le campanile à peine achevé. C'est une construction originale, dessinée par le Supérieur des Missionnaires et ornée de sculptures dues au talent de M. le Marquis d'Autane et à la savante main-d'œuvre de Carli, de Marseille. Sur la porte, un tympan représente la Sainte Vierge réveillant l'Enfant Jésus avec un baiser pour qu'il écoute, au lieu des blasphèmes qu'il ne veut pas entendre monter de la terre, le chant pieux des cloches qui arrivent, nombreuses, sur des nuées. A droite, se dresse, dans le style des primitifs italiens, saint Urbain II, le pape des Croisades, qui s'arrêta deux jours à Forcalquier. A gauche, saint Louis, roi, qui d'une fille des comtes de Forcalquier, Marguerite de Provence, fit son épouse et la reine de France. A la corniche, des têtes d'anges ; au fronton, les armes de la ville chargées du chiffre de la Vierge. Dix-neuf cloches occupent le campanile, l'une qui sonne en volée, les dix-huit autres, du do de quatre cents kilos au fa de vingt, avec tous les dièses, chantent des cantiques. Bien que certains détails du mécanisme ne soient pas encore terminés, parce qu'il reste à faire un travail de maçonnerie, le carillon a joué, accompagnant pendant la messe le Credo, l'Ave Maris stella dont les strophes alternaient avec les dizaines de chapelet, Prouvençau e catouli, etc. »

Nous avons donc en fait 18 cloches, plus une qui sonne en volée. Dans celle-ci, qui existe encore, on peut identifier sans peine la cloche en si bémol offerte par une dévote demoiselle à la chapelle provisoire de 1856, et réinstallée dans le carillon.

Moins d'un an plus tard, la même revue nous apprend, dans son numéro du 12 août 1926, à l'occasion d'un « Pèlerinage d'hommes seuls et de jeunes gens à Notre-Dame de Provence le dimanche 1er août » que notre instrument est désormais terminé et mis au point :

« A dix heures, de nombreux hommes des pays voisins, faisaient l'ascension  de la colline au chant harmonieux des dix-huit cloches du carillon (actuellement très au point, comme accord et comme mécanisme) qui jouaient les cantiques populaires : Nous voulons Dieu, etc. »